La hausse fulgurante de l’or en 2025 a stupéfié les marchés mondiaux. Le métal jaune a dépassé les 4 321 dollars l'once, grimpant de plus de 64 % cette année et surperformant largement le S&P 500. Ce mouvement parabolique – le plus brutal depuis la crise financière de 2008 – a relancé le débat parmi les investisseurs et les stratèges sur le rôle de l'or dans les portefeuilles.
Le récent rallye a été à couper le souffle. Entre octobre 2009 et janvier 2024, l’or a doublé, passant de 1 000 $ à 2 000 $. Il n’a ensuite fallu que 14 mois pour atteindre 3 000 dollars, et seulement 210 jours pour passer de 3 300 dollars à 4 300 dollars, ce qui témoigne de l’ampleur de la demande actuelle. L’incertitude mondiale, les pressions inflationnistes et la facilité d’investir via les ETF sur l’or ont attiré de nouveaux investisseurs. Les stratèges de Wall Street affirment désormais que l’ancien modèle de portefeuille 60/40 – 60 % d’actions, 40 % d’obligations – est dépassé, préconisant une répartition 60/20/20, l’or et le bitcoin représentant ensemble 20 %.
Mais au milieu de cette fièvre de l’or, un investisseur légendaire reste de marbre : Warren Buffett.
Le point de vue de Buffett
Tout au long de sa carrière, Buffett a toujours considéré l’or comme un investissement à long terme de qualité inférieure. Alors que les investisseurs du monde entier se précipitent pour thésauriser le métal, la philosophie de Buffett reste ancrée dans un principe : il préfère les actifs productifs aux actifs spéculatifs.
Lors de l'assemblée annuelle de Berkshire Hathaway en 2011, Buffett a expliqué sa pensée en divisant tous les investissements en trois grandes catégories. La première, a-t-il expliqué, inclut tout ce qui est libellé dans une monnaie – comme les obligations ou les dépôts bancaires – dont la valeur dépend des politiques gouvernementales. La seconde couvre les actifs « qui ne produisent rien », comme l'or, dont la valeur dépend entièrement de ce que quelqu'un d'autre est prêt à payer plus tard.
Il l’a illustré de manière frappante : si tout l’or du monde était rassemblé dans un seul cube, celui-ci mesurerait environ 67 pieds de côté, soit environ 170 000 tonnes métriques. Vous pouvez le polir, l’admirer ou grimper dessus, a plaisanté Buffett, mais « cela ne fera rien ».
Contrairement à une entreprise, une ferme ou une entreprise productive, l’or ne génère aucun revenu, aucun dividende et aucune production. Sa valeur n'est soutenue que par le sentiment et la rareté. Buffett a fait valoir que les investisseurs achètent de l’or principalement parce qu’ils espèrent que « quelqu’un d’autre paiera davantage pour l’acquérir plus tard », et non parce qu’il produit quoi que ce soit ayant une valeur intrinsèque.
Des prix en hausse
Buffett a également mis en garde contre la psychologie consistant à courir après l’élan. Il a reconnu que « la hausse des prix crée son propre enthousiasme », mais a rappelé aux investisseurs qu’un tel comportement « n’a pas été le moyen de devenir riche ». Son partenaire de longue date, feu Charlie Munger, a un jour qualifié de « particulier d’acheter un actif qui ne s’apprécie que si le monde va en enfer ».
Le contraste Buffett
Même si la société Berkshire Hathaway de Buffett possède des milliards dans les secteurs de l'énergie, des chemins de fer, des assurances et de la technologie, elle ne s'est jamais engagée durablement dans l'or. Le bref investissement de la société en 2020 dans Barrick Gold – dont elle s’est ensuite retirée – a été largement interprété comme une décision tactique rare, et non comme un changement de philosophie.
Même avec l’or à des niveaux sans précédent, le message de Buffett reste inchangé : investir dans des entreprises qui produisent, et non dans des actifs qui restent inutilisés. Pour lui, la fascination croissante du monde pour l’or est un autre rappel que même si les marchés évoluent selon des cycles, les lois de la capitalisation productive ne se démodent jamais.